Quelque chose de moisi au pays du podcasting ?

Suite à l’arrivée de Majelan (l’application de Mathieu Gallet) voici mon humble point de vue étayé par quelques faits établis.

Avant toutes choses il convient de rappeler ce qu’est un podcast (une fois de plus).

Le podcast (n’en déplaise à certains idéalistes) n’est, ni une religion, ni un genre de contenu, ni une invention d’Apple, ni une marque déposée par l’un ou l’autre gourou auto-déclaré.

Non, un podcast n’est rien d’autre qu’un flux RSS* (un fichier XML) qui documente des fichiers audio (ou vidéo) par quelques métadonnées dont l’adresse du serveur où ils sont hébergés.

*Le principe du flux RSS est lui-même source ou résultat (les avis divergent) de la philosophie du Web 2.0 :  une communauté de partage libre de contenus divers comme des images, du texte,… du son.

Juice

Dès l’origine quelques passionnés se sont amusés à répertorier les podcasts par genres, origines, langues, etc… . Libre alors à chacun d’aller y chercher l’adresse du flux pour le coller dans son agrégateur préféré (ici Juice). Certains de ces agrégateurs ont intégré leur propre annuaire et permettaient également à l’auditeur de transférer facilement les fichiers audio dans son baladeur mp3 ou son… iPod.

iTunes 4.9 – 2005

Quand Steve Jobs (ou son équipe) a constaté que les consommateurs de podcasts étaient également de potentiels utilisateurs de baladeurs MP3, il lui est apparu évident qu’il ne pouvait pas passer à côté et a intégré à son tour un annuaire de podcast dans iTunes. Coup double ! Car d’une part il inféode durablement les consommateurs et producteurs de podcasts (pas besoin d’un dessin) et d’autre part se sert de ce “produit d’appel” (qu’il n’a pas inventé, rappelons-le) pour vendre de la musique et des iPods.

Avec l’arrivée des iPhone, iPod Touch, etc… ce sont les développeurs d’applications mobiles qui se sont penchés sur ce marché. Leur intérêt réside à de très rares exceptions, directement ou indirectement, dans l’argents que nos podcasts va leur rapporter. Que ce soit par l’entremise de la publicité, la vente de leur application (ou d’une version “premium” de celle-ci), la vente des données de consommation de vos auditeurs, ou parce que le podcast constitue un produit d’appel pour vendre autre chose, ou encore parce que son créateur pourra faire état de son savoir faire en matière de développement et travailler pour des tiers,… bref, il y a toujours quelque chose à gagner.

Est-ce anormal ?

Tout dépend de la limite acceptable. En tant que créateur de contenu il convient de fixer soi-même cette limite. A titre personnel, voici mon raisonnement :

  • Est-ce que ça me coûte de l’argent ?
  • Est-ce que ça m’oblige à modifier mon contenu sur la forme ou le fond ?
  • Est-ce qu’il y a des obstacles à la consommation de mon contenu (ex. pub en pré-roll ou en mid-roll, accès payant à mon contenu) ?
  • Est-ce que mon contenu est utilisé dans un contexte que je ne peux pas contrôler (ex. webradio/radio) ?
  • Est-ce que mes fichiers sont “ré-hébergés” et/ou transcodés dans une qualité inférieure ?
  • Est-ce que ça dénature ou détourne mon propos ou celui de mes chroniqueurs ?

Si la réponse est “oui” à au moins l’une de ses questions, alors ça me pose problème. Dans tous les autres cas, ceux qui ambitionnent de réunir les bonnes conditions pour faciliter et augmenter l’accès aux podcasts (et au mien singulièrement) sont les bienvenus.

Je ne rate pas une occasion de rappeler à mes auditeurs que je produis mon contenu de façon bénévole et que je ne suis subsidié par aucune publicité ou placement de produit. Libre a l’auditeur de choisir l’application qui lui semble la plus « éthique » ou « pratique » selon des critères qui lui sont propre.

Pour en revenir à “l’affaire Majelan”

Qu’est-ce qui agite une partie de la petite communauté du podcast francophone ?

Ce qui revient le plus souvent c’est le fait que Majelan a “nourri” sa base de donnée de façon automatisée en allant se servir chez Apple. D’accord, ça peut sembler “cavalier” (ça l’est sans doute). Par curiosité j’ai été vérifier les applications qui ont mon podcast à leur catalogue. J’y ai référencé moi-même mon flux dans seulement un tiers d’entre elles. Je n’ai donc rien fait pour apparaître dans les deux tiers des applications qui diffusent mon contenu ! Je ne pense pas être un cas à part, pourtant je n’ai jamais entendu quelqu’un s’en plaindre (jusqu’à aujourd’hui).

Cela dit, je n’ai vu personne demander à Google d’être déréférencé de son service de podcasts (pour lequel personne n’a été consulté) !

Donc pour moi, à ce niveau, il n’y rien de vraiment inhabituel de la part de ce nouveau venu.

Ensuite le fait que Majelan se serve de nos “précieux” contenus comme produit d’appel pour en vendre d’autres semble être exaspérant pour certains. Là aussi, comme expliqué plus haut, rien d’inhabituel. C’est même la règle du jeu depuis… toujours. Même s’il faudra malgré tout garder un oeil sur le fonctionnement de l’application, ce que j’ai pu voir n’a rien de réellement choquant dans la manière de proposer les contenus.

Je fais ici une petite parenthèse concernant la façon dont sont proposé les contenus par le biais de mises en avant dans iTunes. Contrairement à ce qu’on serait en droit d’imaginer, ces « propositions » ne sont pas le résultat d’algorithmes basés sur l’intérêt du public, la nouveauté ou le nombre de commentaires, mais bien de choix éditoriaux totalement arbitraire et dont les règles nous sont inconnues. Je n’ai encore entendu personne s’en émouvoir.

Et enfin, une autre source d’agacement réside dans l’idée que les droits des créateurs seraient usurpés en étant diffusé sur une plateforme qui n’a pas été choisie. Là également c’est nier l’origine même du podcast. Il faut pouvoir admettre que dans ce contexte, dès que vous publiez quelque chose par ce biais, ce contenu ne vous appartient plus vraiment. Ce qui ne veut pas obligatoirement dire que vous n’avez plus de droits sur ce contenu ou le concept de votre podcast. C’est un autre débat.

Ma petite conclusion

Depuis le départ on sait que le principe même du podcast est “compliqué” et reste difficile à expliquer au grand public. Les outils pour en faciliter l’accès sont dès lors souvent les bienvenus. Pas ici ? Pourquoi ? Un rapport avec la personnalité même de son créateur ? Une forme de mimétisme vis-à-vis de la position de Radio France (spécifique a un média de service public qui n’a strictement rien à voir avec le podcasteur natif lambda) ? Une cabale menée par quelques « acteurs » envieux ?

Ils sont quelques-uns à reluquer ce nouveau « marché » d’un oeil très intéressé. Le podcast devenant « populaire » de nouveaux intermédiaires (souvent facultatifs sinon inutiles) ont vu le jour et comptent bien défendre leur petit coin de jardin dans lequel ils ne veulent ni pierre, ni… Gallet !

Mais passons. Le podcasting évolue et heureusement. On sait depuis longtemps que l’éventuelle monétisation du podcast ne peut pas se faire sans l’aide de développeurs et d’entrepreneurs innovants.

Ce que montre « l’affaire Majelan » c’est aussi, sans doute, la fin d’une utopie. Le podcast sous sa forme initiale a atteint ses limites et à vécu. Il va falloir que chacun se positionne sur un model de diffusion.

Il n’y a pas si longtemps quelqu’un me faisait remarquer l’analogie entre ce que nous vivons aujourd’hui (une forme de professionnalisation du podcast) et le passage de la “radio libre” à la “radio commerciale”. Il se trouve que je suis assez « vieux » pour avoir vécu cette époque “douloureuse”.  Pourquoi “douloureuse” ? Parce que la bande FM n’était pas (et n’est toujours pas) extensible et que le nombre de places y est compté. N’ont finalement subsisté que ceux qui avaient des visées purement économiques. Ce n’est pas le cas qui nous occupe. Il y a heureusement place pour tout le monde. Il est bon de le rappeler.